L’ingénierie du besoin au service de systèmes performants et pérennes

L’ingénierie du besoin et des exigences est une discipline fondamentale de l’Ingénierie Système.

L’essence d’un système risque d’être perdue s’il ne répond pas à une exigence à laquelle il se doit de répondre. Si une voiture se caractérise notamment par l’exigence qu’elle a de rouler, elle n’est plus une voiture si elle perd ses roues.
De la même façon, un système n’a plus de sens si cette exigence ne se rattache pas à des besoins exprimés par des parties prenantes. Y aurait-il autant de voitures si jamais il était avéré que tous nos déplacements étaient plus efficients (c’est à dire plus efficaces et à moindres moyens alloués) par tout autre moyen de transport individuel ? Au mieux, elles pourraient avoir une deuxième vie, par exemple dans un musée ou dans les mains de collectionneurs, en répondant à leurs besoins spécifiques moins liés à la capacité de déplacement.
Cet exemple simple montre l’importance pour tout système qu’une traçabilité soit garantie entre le système tel que conçu et les besoins initiaux imaginés.

L’ingénierie du besoin insiste beaucoup à décrire et se concentrer sur un problème avant de passer à sa solution. Elle apporte des éléments méthodologiques permettant in fine une formalisation du concret simplifiée et définie au juste nécessaire. En analysant et gérant les priorités, elle aide ainsi à partager et à communiquer.
En effet, l’ingénierie du besoin pourra mener à beaucoup d’écrits sur des idées conceptuelles, parfois diffuses et contradictoires, des besoins de très nombreuses parties prenantes. Mais elle consistera aussi à trier, réorganiser et construire un langage commun simple et adapté à la réalité de chaque partie prenante, et ce en n’occultant jamais la trace des éléments qui ont mené à construire ce langage. De fait, chacune et chacun y trouvera son compte avec le niveau de détail dont il a besoin.

Les systèmes les plus pérennes ne sont pas toujours les plus fonctionnels, les plus beaux, les plus sensationnels. Ce sont ceux qui, comme sortis du temps, ont su continuer à répondre aux besoins des générations qui défilaient. Ceux qui n’ont pas causé de détestation ni de rejet chez des parties prenantes ayant le pouvoir de les faire disparaître. L’histoire l’a montré.
L’exemple de la voiture citée ci-dessus est aussi édifiant. Est-ce qu’un moyen de transport individuel démontré plus rapide, plus sûr, plus économique, plus écologique, moins encombrant, plus modulable et adaptable au volume de marchandise transporté, etc. viendrait définitivement mettre un terme aux voitures ?
Parfois, certains besoins jugés à l’origine trop hâtivement comme étant moins prioritaires, comme la collection ou l’esthétique, ont suffi à faire persister un système.

Cela montre aussi toute la complexité de l’ingénierie des besoins. Difficile parfois pour des concepteurs de viser juste.
« Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d’entendre, ce que vous entendez, ce que vous comprenez… il y a dix possibilités qu’on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même… ». Cette célèbre citation le montre bien.

Pour aller plus loin, comment aurait-on pu prévoir en amont de leur construction que la Tour Eiffel répondrait davantage aux besoins du peuple que le Palais du Trocadéro suite aux expositions universelles ?
Qui aurait pu prédire que la cathédrale Notre Dame de Paris, ni la plus grande, ni la plus ancienne, puisse devenir une telle icône tant auprès des croyants que des non croyants ?
Pourquoi les vestiges du Pont d’Avignon, de loin un des moins résilients depuis sa construction, sont-ils devenus aussi célèbres et aussi bien conservés ?

À la lumière de ses exemples, on pourrait se résigner et dire que c’est avant tout le fruit du hasard.
Pourtant, il s’agit bien là d’une science. Et des méthodes existent pour susciter l’adhésion des parties prenantes à une démarche de formalisation de leurs besoins.

Mais pour cela, il est important que le maître d’orchestre de cette formalisation, qui peut être l’ingénieur système, ait conscience de l’enjeu humain qui se cache derrière.
Il ne doit d’abord pas se mettre en retrait et simplement coucher sur le papier des besoins exprimés sans accompagner les parties prenantes. Cela l’amènerait à faire face soit à des oublis de besoins, soit à une quantité trop importante et hétérogène de besoins qu’il ne saurait appréhender.
Mais il ne doit pas non plus se retrouver premier de cordée, au risque de monopoliser l’espace d’échanges et de se concentrer sur ses propres besoins ou sur ceux de ceux qu’il a décidé de placer juste derrière lui. Concernant la hiérarchisation des parties prenantes, un élément souvent trop limitant et encore constaté dans nos entreprises consiste à placer systématiquement le client et les utilisateurs au centre et à occulter les besoins de nombreuses autres parties prenantes.

Pourtant, et comme le montrent les exemples cités, un système efficient et pérenne devra non seulement répondre à des besoins exprimés directement, tels que ceux des clients et des utilisateurs, mais aussi à des besoins jugés marginaux, voire à ceux encore non exprimés, c’est à dire anticipés des évolutions probables de son environnement.
En cela, l’ingénierie du besoin se doit agile et, parfois, artistique et visionnaire.

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